Fraude Methbot : l’impact réel est bien inférieur à ce qui a été annoncé

23 janvier Par Yann Le Roux

Pour Ad-echange.fr, Yann Le Roux, Directeur général d’Integral Ad Science France (IAS), explique l’impact de la fraude Methbot sur les impressions publicitaires.

Qui n’a pas entendu parler du réseau Methbot, à l’origine d’une méga fraude des impressions publicitaires dévoilée par White Ops, entreprise nord-américaine de sécurité des plateformes en ligne ? Methbot, cette ferme géante de robots basée en Russie, permettrait de détourner entre 3 et 5 millions de dollars chaque jour des budgets dédiés à l’achat de publicité vidéo en ligne sur des sites pourtant qualifiés de premium.

Mais si l’ampleur de cette fraude est vraiment celle que White Ops indique, comment continuer de croire en la faisabilité de la publicité en ligne ? À l’occasion de notre publication d’un livre blanc très complet sur la fraude publicitaire, ad-exchange.fr interroge Yann Le Roux, notre directeur général France. Concurrente de White Ops, IAS est une référence en matière de vérification de la qualité des inventaires pour bon nombre de sociétés en France et à l’international.

L’année 2016 a été clôturée par le scandale de la fraude dite du réseau Methbot, la plus grosse arnaque à l’industrie de la publicité en ligne a priori connue à ce jour, dévoilée par votre concurrent White Ops. Durant cette même année, vos rapports faisaient pourtant état d’une nette baisse de la fraude sur les ad exchanges. On pouvait facilement en déduire que, grâce au fait que les éditeurs et les acheteurs s’équipent des solutions de prévention et de sécurité comme la vôtre et de nombre d’autres prestataires, ce problème était enfin cerné, contenu. Visiblement c’est loin d’être le cas. De quoi décourager notamment les annonceurs. Comment analysez-vous cette situation ?

Les avis divergent sur l’impact réel de Methbot. En plus de notre analyse consultable ici, plusieurs acteurs majeurs du secteur ont étudié leurs logs sur la base des IP communiquées par White Ops et ont également découvert que l’impact réel est bien inférieur à ce qui a été annoncé. Parmi eux : AppNexus, DataXu, The Trade Desk, Mike Nolet, co-fondateur d’AppNexus, etc. Ce qui pose question quant à la finalité de cette annonce et sur la méthodologie utilisée pour quantifier l’impact économique de Methbot. Une minorité des impressions disponibles est en réalité effectivement monétisée, et le CPM appliqué aux impressions frauduleuses est souvent surestimé.

Personne ne peut empêcher des arnaqueurs de frauder. Mais en matière de publicité en ligne tout de même vous êtes très nombreux à proposer des solutions, et chaque jour des innovations rendent vos offres encore plus performantes. Dans ce jeu du chat et de la souris cependant – et au vu de ce qui vient de se produire –  on se demande si le fait de s’équiper sert vraiment à quelque chose ! Qu’en dites-vous ?

La fraude est par essence très dynamique, les fraudeurs développent sans cesse de nouvelles techniques pour échapper à la détection. De ce fait, il existe toujours une petite partie de la fraude qui n’est pas encore identifiée, quelle que soit la solution de détection. Pour autant, en détecter la plus grande partie, et en protéger nos clients, est déjà un gain très important, qui pour certains représente des millions d’euros par an. De plus, la prise de conscience en France sur ce sujet est très récente et inachevée: trop peu d’acteurs ont mis en place une stratégie de lutte contre la fraude et se sont équipés d’un outil fiable.

Parfois on se demande si la fraude ne sert pas au final aussi à développer l’activité des entreprises de lutte contre la fraude… En dévoilant l’affaire Methbot, White Ops va encore une fois renforcer sur ce marché son image de solution pertinente de combat contre les fraudeurs.

C’est dommage de devoir le préciser, mais la fraude n’a pas été inventée et n’est pas perpétrée par les sociétés de mesure… C’est un problème réel, difficile à éradiquer, mais dont l’impact n’est pas aussi grand que certains l’annoncent, et dont il est possible de se protéger en s’équipant d’une bonne solution. L’accréditation MRC pour la détection de la fraude sophistiquée est un label de qualité essentiel, tout comme la certification TAG. Une fois que l’on est équipé d’une solution de qualité, il faut alors mettre en œuvre une réelle stratégie de lutte.

Vous venez de publier un livre blanc assez complet sur ce sujet. Pourquoi l’avoir publié maintenant ?

Nous venons effectivement de publier un livre blanc sur le sujet (disponible ici) et d’organiser une conférence le 1er décembre dernier pour aider tous les acteurs du secteur à comprendre les mécanismes de la fraude et à développer une stratégie de lutte efficace. Le partage d’information et la montée en compétence du secteur est un axe important pour contenir la fraude, éviter qu’elle ne prenne des proportions incontrôlables et qu’elle ne détruise l’image du média internet auprès des annonceurs.

Lire l’interview sur Ad-exchange.fr